Trop de stress, trop de monde, trop de bruit. La coupe est pleine. Jean-Baptiste Drachkovitch et Pascal Bernard, les deux dirigeants de la société Paillettes Langlois-Martin ne supportent plus les inconvénients de la capitale. Leur rêve d’une vie plus calme et au vert est en passe de devenir réalité. Ils s’apprêtent à acheter le haras du Buat, à L’Aigle (Orne), pour y vivre et y installer leur entreprise de paillettes, actuellement installée près de Paris à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis) . Rien à voir cependant avec IMV Technologies et ses fameuses paillettes pour insémination artificielle. Celles de la société Langlois-Martinsont destinées au monde de la mode, et en particulier celui de la haute couture.

Unique en France

« Nous sommes la dernière manufacture française de paillettes. Il y en avait soixante-dix au début du XXe siècle, trois dans les années 70 et il ne reste que nous depuis 2001 », indique Jean-Baptiste Drachkovitch, ancien brodeur, qui a racheté, en 2009, l’entreprise fondée en 1919 par Messieurs Saint-Martin et Langlois. Outre les paillettes standards, « notre cœur de métier », la société dispose de plus de 5 000 modèles de paillettes fantaisie (pyramide, cabochon, feuille…).

Nous possédons la plus importante collection au monde d’outils de découpe de paillettes fantaisie », assure le dirigeant.

A cela s’ajoute un très grand choix de coloris avec 1 400 références, sans oublier la possibilité de réaliser des couleurs à l’échantillon. Le tout représente la bagatelle de vingt millions d’articles. « Nous sommes les seuls au monde à pouvoir faire cela, en petite comme en grosse quantité. » Et bien sûr, tout doit toujours être fabriqué dans l’urgence. « Nos clients sont toujours en retard. Nous devons donc être très réactifs ».

Clients prestigieux

D’où la nécessité de rester à proximité de Paris où sont installés leurs principaux clients – les brodeurs François Lesage, Hurel, Montex, Cécile-Henri, Vermont, Lanel, Vernoux, Safrane-Cortambert pour les brodeurs ; les maisons de haute couture comme Christian Dior, Chanel, Yves Saint Laurent, Givenchy, Balenciaga, Schiaparelli, Jean-Louis Scherrer… et de prêt-à-porter comme Louis Vuitton, Dolce Gabbana, Marc Jacob, Isaac Mizrahi, Iwy Iwaya… La Normandie répondait à cet impératif.

Leur choix s’est finalement porté sur L’Aigle, « une ville attractive, à 1 h 15 de Paris en train, pas loin du Mont-Saint-Michel, pas loin de Versailles et pas très loin de Granville où se trouve le musée Dior où il y a beaucoup de choses qui viennent de chez nous et où on emmène souvent nos clients étrangers », détaille Jean-Baptiste Drachkovitch. « On a eu un vrai coup de cœur », ajoute-t-il, précisant que son associé Pascal Bernard est Normand d’origine (Vernon) et que lui connaissait déjà bien la région car son père, féru de pêche, a longtemps assouvi sa passion à Chaise-Dieu-du-Theil.

Le haras du Buat accueillera la société Paillettes Langlois-Martin en septembre 2018 (©Paillettes Langlois-Martin)

Quant au haras du Buat, il correspond exactement à leurs souhaits. « On cherchait quelque chose avec de la surface et il est parfait avec ses deux dépendances gigantesques pour accueillir l’atelier ». Des travaux sont évidemment à prévoir. La société Paillettes Langlois-Martin s’installera donc à L’Aigle en septembre 2018, avec, espèrent les dirigeants, leurs six salariés. « L’avantage, c’est qu’il y a aussi des dépendances qui permettront de les loger ».

Une des dépendances devrait aussi accueillir, d’ici deux ou trois ans, un espace muséographique, un peu dans l’esprit de La Manufacture Bohin. Un beau projet en perspective.

L’Aigle, future capitale des paillettes et de la couture.

article du Réveil Normand le 23 novembre 2017